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XIVème siècle

 

Delphine d’ALTIER

 

Armes: d’ALTIER - d’argent au chef d'azur (Gévaudan)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Le château du Champ-Altier (48)

 

Château du Champ – Altier (48)

 

Le château est situé à un kilomètre avant le village d'Altier, sur la route en venant de Mende à Villefort.

L'origine de ce château, en contre bas, pratiquement sans défenses, remonte à la fin du XIIIe siècle. Les documents rapportent que la terre d'Altier se trouvait indivise entre les puissants seigneurs de Randon et plusieurs membres cadets de la famille d'ALTIER, qui se partageaient le "castrum" du village. Il devait en résulter de nombreux points de discordes entre les officiers des Randon, dont la seigneurie était dominante et les autres coseigneurs, si bien que l'un d'entre eux décida de se retirer et alla construire sa maison forte sur des terres qu'il possédait vers la rivière. Une première mention du Champ en 1277, à l'occasion d'un hommage servi par les frères Pierre et Gaucelin d'ALTIER au seigneur de Randon, dans lequel ils déclarent entre autres choses leur mas "del Campo". Ce sera le fils de Gaucelin, Raimond d'ALTIER qui entreprend la construction du nouveau château, laquelle peut se situer entre les deux dates 1288 et 1308. A la première, on trouve Delphine de MOSTUEJOULS, mère de Raimond, faire son codicille dans la cuisine neuve du château d'Altier, tandis que à la seconde, Isabelle de MERLE, son épouse et fille de Pierre de MERLE, damoiseau seigneur de la Baume, rédigeait en septembre 1308 ses dernières volontés "al Cham". Plus tard, le 20 août 1322, Raimond d'ALTIER reçoit donation de Guillaume de Randon, seigneur du Luc, pour la haute justice du Champ, nouvellement fortifié et lui en sert l'hommage.

Les d'ALTIER conserveront le Champ pendant trois générations, la famille tombant en quenouille avec Delphine d'ALTIER

 

 

Delphine d’ALTIER

 

Delphine fille de Raymond d’ALTIER et de Philip BLAU, héritière des terres du Champ, de la Felgère et de Serres, ces deux dernières seigneuries en Uzège, s'allia d'abord à son cousin Louis d'ALTIER fils d’Etienne d’ALTIER, unique rejeton d'une autre branche de la famille, qui était demeurée au château d'Altier. Louis d'ALTIER mourut peu après son mariage en 1374, ne laissant pas d’héritier. si bien que Delphine se trouva héritière d'un nouveau patrimoine et réunissait sur sa tête tous les biens des deux lignées d'Altier, séparées depuis le XIIIème siècle. Aussi, elle ne tarde pas à convoler en secondes noces le 9 octobre 1375, avec Armand de BORNE, chevalier, qui appartenait au diocèse du Puy (43).

 

 

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Mariée en première noce à son cousin

Pierre d’ALTIER

 

Fils unique d’Etienne d’ALTIER qui demeurait au château d’Altier, décédera en 1374, sans postérité.

Le 6 octobre 1373

Transaction entre Louis, damoiseau, fils et héritier de feu Etienne d'ALTIER, en son nom et comme mari de Delphine d'ALTIER, fille et héritière de feu Raimond, d'une part et Hugues de Cubières, seigneur du Cheylar, au sujet de leurs resclauses et béais sur la rivière de l'Altier, l'acte fait au château d'Altier, ratifiée par Delphine, assistée de son oncle Gaucelin d'ALTIER, prieur de Manduel,

En 1375

Une commission donnée par les officiers d'Armand de Polignac, seigneur de Randon pour autoriser Jean Hérail, seigneur de Brésis, procureur de Delphine d'Altier, veuve de Louis d'Altier et son héritière à faire l'inventaire des biens délaissés par feu Louis d'Altier, précité et en mettre possession Delphine d'Altier, sa fille ; intervention de nombreux parents de la mineure.

Le 19 avril 1375

Dans les registres du notariat de Saint-Germain-de-Calberte (48) :

On publiera l’ouverture de sa succession durant un temps par clameur et lieux accoutumés. La proclamation faite, appelant agnats cognats 1, étant entendant succéder selon leur degré de parentèle audit feu Louis d’ALTIER à présenter leurs parentés et titres, 1375 mercredi jour de la Saint Marc. Raimond Eolchier sergent et incantateur public de la cour du château d’Altier pour les de Polignac disant à haute voix :

 

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«  a faux vos a sabor de par lo ort de Moss le vescomte de Polhamphac senhor de Randon que sy pegun es que sya o volha ester geré del noble Loys d’ALTIER que le XI jorn del mes de may, venia aliora de tercia comparesse el castel d’ Altier devant le noble Pons Borbal et G. Raolcet commisari ad aysso donats per monstrar de son dreg et per far ne fa et par vezer metra en possessio la nobla Delphina d’ALTIER hère sy est pha ou perdrie causa custa perque non degués esser messa car daloraisse la cort  presezura a metre la en possessio en ayssa come soria de razo… »

Proclamations refaites le 30 avril, laquelle Delphine est investie audit héritage par poignée de main, réserve faite des droits d’autrui fait à Altier en présence de Mre Raymond de Peysonnenche, Mre .. de Cabanis Jean Henrio, damoiseau Mre Pierre Vayssier prêtre, Jean Roux prêtre, Mre Pierre Maynier, Jean Pagès de Chateauneuf, Jean et Privat Gasq., Jean Vidal, Pons del Adreg, Jean ..  de Chastanher, E. Polchier, P. Roux, P. Barthélémy, Guillaume, Gilles et le notaire Jean Dupasseur… 

1-       Les agnats et les cognats : Ils se disent, en général, de ceux qui sont unis par des liens de parenté du sang et plus particulièrement de ceux qui sont parents du côté des femmes,  comme agnat et agnation, se disent de ceux qui le sont par les mâles. Les agnats et les cognats sont des termes de Droit qui ne sont point d’usage dans le discours ordinaire.

Le 14 mai 1375,

 Au castel d’Altier, en la cour du magnifique et puissant le Sgr Vte de Polignac, seigneur de Randon, en présence de noble P. Rachet, commissaire et noble Pierre de Vergéziac chevalier baille et juge ordinaire de toute la baronnie de Randonat. Comparait noble Jean Erail sgr du château de Brézis procureur de noble Delphine d’ALTIER fille de noble Raimond d’ALTIER veuve et héritière de noble Louis d’ALTIER celui-ci fils de feu Etienne d’ALTIER. Suivant la procuration dont la teneur est insérée du 28 décembre 1374, laquelle du conseil de noble Gaucelin d’ALTIER son oncle prieur de Manduel, fit procureurs nobles Gaucelin de Serviers, Jehan de Montclar, Hugon de Servissac, Hugon de Cubières sgr du Cailar, Jehan Herald sr de Brisis, Pierre de Cabanes, Raimond Pelabarbes d’Yveme, damoiseaux absents, aux fins en son absence de demander audit sgr de Polignac et à Guigon Guarin sgr du Tournel et à chacun d’eux et tel autres seigneurs, qu’elle soit mise en possession corporelle des héritages et droits de feu Louis d’ALTIER, son mari, et de ceux de feux Raimond d’ALTIER son père et autres. Acte fait au Champ en la salle en présence de Mre Pierre de Mallavielle d’Aujac, prêtre, Jean Mathieu et Baldit et de Pons Borbald damoiseau baille du seigneur de Polignac,  lequel Pons de Borbald baille du lieu rendit sentence, faisant réserve seulement d’un posthume dudit feu Louis d’ALTIER, mais ladite Delphine fut déclarée non enceinte,  lettres données aux Puy le 6 avril… 

 

 

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Mariée en seconde noce à

Armand de BORNE

 

Qui appartenait au diocèse du Puy (43), Damoiseau 1, sgr du château de Champ (Altier-48) et chevalier parier2 de la cosgr de la Garde (48), fils d’Hugues de BORNE chevalier parier de la cosgr de la Garde-Guerin (48). Hugues de BORNE vivait encore le 07/02/1381 date du testament d'Armand vicomte de Polignac qui le qualifie son compagnon de guerre et lui fit un legs.

       1- Damoiseau: titre donné, au Moyen Âge, au fils d'un seigneur, à l'aspirant chevalier et au noble non armé chevalier.

       2- Chevalier parier: à la Garde-Guérin, il y avait un poste frontière sur la Régordane qui relie le Massif central à la Méditerranée. La Garde-Guérin était détenue en coseigneurie par plusieurs chevaliers pariers. Ils s'étaient constitués en communauté économique et militaire, chacun possède une parérie, dont il assume la charge et les émoluments : péage, cartalage , arrière-guidage, pulvérage & la protection des voyageurs et des marchandises sur la Voie Régordane.

 

Le 9 octobre 1375

 

Le contrat fut établi au château de Solignac (43) près de la ville du Puy, principale résidence des vicomtes de Polignac, alors baron du Randonnet et seigneur d'Altier; ce qui montre qu'ils ne devaient pas être étranger au mariage de l'une de leur principale vassale.

 

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Légende carte de Cassini :

Château de POLIGNAC

Ville du PUY

Château de SOLIGNAC

 

Un peu d'histoire!

La baronnie de Solignac-Velay

 

Randonnet, dit le Grand Armand, vicomte de Polignac (1344-1385) épouse en 1347 Marguerite de Solignac, dame de la baronnie de Solignac.  

Fille unique et héritière de Lioutaud, baron de Solignac, et de Marguerite Adhémar du Monteil.

En 1362, de grandes disputes eurent lieu entre le vicomte de Polignac et le seigneur de la Roue, oncle de Marguerite de Solignac.

Une guerre s'ensuivit entre ces deux seigneurs, avec pour vainqueur le vicomte de Polignac.

 

Il fut prévu qu'elle apportait tous ses biens en dot et qu'Armand de BORNE serait substitué aux noms et armes des d'ALTIER. Il serait également tenu à résidence sur les terres de Delphine, ainsi que ses enfants mâles, sous les peines de 40 marcs1 d'argent pour chaque infraction. Enfin, le premier fils du ménage apte au mariage serait l'héritier universel des deux époux. Il en résultera, la création d'une nouvelle maison d'ALTIER, solidement implantée au Champ, pour une douzaine de générations.

       1- Marc d'argent: C'est sous le règne du roi des Francs Philippe Ier que l'on prit l'habitude de peser l'or et l'argent à l'aide d'un poids appelé marc. En France, vers la fin du XIVème siècle, le marc d'or valait cent livres, et le marc d'argent, huit livres quinze sols.

Les successeurs de Delphine portèrent d'abord seulement le nom d'ALTIER, puis à la fin du XVème siècle, on retrouve le nom de BORNE accolé au patronyme d'ALTIER, souvent en seconde place. Au XVIIIème siècle la forme de BORNE d'ALTIER prévaut et s'y ajoute encore le patronyme des BUDOS, dont la famille revendique l'héritage. Par homogénéité, on a donné à tous les descendants d'Armand de BORNE et de Delphine d'ALTIER, le nom de BORNE d'ALTIER.

Ils auront de leur union comme enfant connu:

1-      Raimond de BORNE d’ALTIER épouse Marquèse de CADOENE qui suivra (généalogie de BORNE d’ALTIER)

2-      Agnès de BORNE d’ALTIER épouse par contrat le 22/08/1398 à Saint-André-de-Valborgne (30) Raymond JAUSSERAND

 

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Armand de BORNE & Delphine d’ALTIER

 

Dans les registres du notariat de Saint-Germain-de-Calberte (48), nous les retrouvons dans de nombreux contrats. En voici le résumé de quelques exemples:

-          Le 24 novembre 1377, présent les vénérables Guillem Verdeilhan, Pons Roux lecteur, Guillem Borrel, Vidal Frances, Jean Rodier, Jordan de Sahut, Jean Jaume, Balmes de Boscol,  P. d’Aigremont, Raimond Frances, Estienne Dumonte, Bonnafous, Rd Arnald Guillem de Jasilio, lesquels tenant chapitre du couvent des frères prêcheurs de Génolhac confessent et reconnaissent à noble Armand de BORNE pour lui et payant pour noble Delphine d'ALTIER son épouse, avoir reçu tous obits aréages légats et autres choses dus au couvent par leurs prédécesseurs de ladite Delphine et de feu Loys d'ALTIER son premier mari à  réserve de pensions annuelles et aussi promettent encore lesd, nobles payer 30 frs audit couvent savoir 10 frs de présent, 10 autre à prochaine fête de . . et autre 10 frs à pâques, acte audit couvent. Présent et dans le chœur où tiennent chapitre, noble Béraud d'Agrins des Ubacs, Jean d'Agulhac damoiseau, Peyre Ayrald, Pierre Bouble et Jean Loup ... . mention d'aréages de pensions Gaucelin d'ALTIER.

-          Le 14 septembre 1379, nouvel achat baillé par noble Armand de BORNE comme mari et procureur de noble Delphine d'ALTIER fille et héritière de feu Raimond d'ALTIER et aussi veuve et héritière de feu Louis d'ALTIER fils et héritier de feu Etienne d'ALTIER à Pierre ROUX de la Rouvière paroisse d'Altier pour certain cazal 1 dans le château d'Altier appelé le Charnier avec toutes dépendances.. acte à Villefort en présence de Mre Pierre Nicolas recteur de St-André-de-Capcèze, Guillaume Boissière prêtre, de Pierre Garnier, Jehan Revel, Guillaume Domergue et de Bernard Mathieu..

-          Le 2 décembre 1380, comme Jean Bassol et Barthélémy son fils du mas del Serre paroisse des Malons sachant la donation de longtemps faite audit Barthélémy par Rixende veuve de Pierre de Chondosse de tous ses droits et héritage de Pierre son feu mari et se souvenant que noble Armand de BORNE mari de noble Delphine d’ALTIER avait donné emphytéose 2 de biens dudit feu Pierre à Jean Ayraid de Serres lui en fait donation avec approbation dudit noble, acte au lieu de Serres hostal 3 dudit noble Armand, présent Pierre Garnier fabre, de Guillaume Thomas de Bornaves, Jean Maurin et Pierre Vidal

1-       Cazal : domaine rural, hutte, cabane, métairie

2-       Emphytéose : est une des institutions juridiques les plus caractéristiques du féodalisme catalan. On utilisera ici le terme emphytéose dans le sens restreint de la définition des juristes : un type particulier de censive perpétuelle qui concède aux tenanciers possesseurs du domaine utile la possibilité de transmettre leurs droits par succession héréditaire et de les aliéner dans des conditions très précises sous réserve d’un droit de préemption (fadiga) de la part du seigneur, possesseur du domaine direct, et d’une taxe de mutation (tiers ou lauzisme) à verser au même.

3-       Hostal : dans la maison d’hébergement dudit noble Armand surement de BORNE

-          Le 18 février 1409, lors de ventes de terres, il sera dit, « sous réserve des droits de noble Armand de BORNE chevalier, sgr du Champ au nom de noble Delphine d'ALTIER sa femme

 

Les descendants du XVème au XVIèmesiècle: Lire la suite

 

 

Sources: Sources Archives