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Les mésaventures du Sieur Jacques MARTIN

Drapier

 

Fils de Jacques MARTIN et de Marie de FERRE fille de (avec les réserves d'usage) Charles Ier de FERRE de la CALMETTE

Il voit le jour à Réauville, en 1651, décédé entre 1719 et 1721 à environ soixante-neuf ans, marié avant 1688 à moins de trente-sept ans, avec Jeanne GIFFON

7 enfants connus sont nés de cette union :

1. Gabrielle née avant 1687, mariée le 19/06/1708 à Montjoyer (26) avec Pierre Faquin, décédée le 21/06/1773 à Comps (26)

2. Jacques, né le 12/03/1688 à Montjoyer (26), parrain Jacques Martin de Montélimar cousin, marraine Marie Martin soeur, marié le  07/02/1712 à Montjoyer (26) avec Anne-Marie Martin

3. Jeanne, née le 12/12/1690 à Montjoyer (26), parrain Jean Martin, marraine Gabrielle soeur de la dite baptisée, mariée le 13/07/1713 à Montjoyer (26) avec Gédéon CHAVE, décédée  le  14/04/1758 à Condillac (26), Dite Damoiselle des Granges d'Allier mandement de Réauville; morte dans la secte de Calvin, enterrée en terre profane

4. Jean-Louis, Marchand, né le  04/09/1693 à Montjoyer (26), parrain Jean-Louis Piallat, marraine Françoise de Ferre, marié le 05/06/1721 à Comps (26) avec Marguerite Cordeil

5. Catherine, mariée le 12/08/1710 à Montjoyer (26) avec Jean-Jacques Flachaire

6. Marie, mariée le 18/09/1705 à Montjoyer (26) avec David Arnoux

7. Nicolas, né le 02/08/1696 à Montjoyer (26), parrain Louis jardin, marraine Anne de Lerys

 

De religion R.P.R.

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Révocation de l'Edit de Nantes: Edit de Fontainebleau du 18/10/1685

 

 

Édit du Roy portant défenses de faire aucun exercice public de la Religion Prétendue Réformée dans son Royaume.

 

 

 

Après un temps de persécutions et de conversions forcées, Louis XIV promulgue l’édit de Fontainebleau, qui révoque l’édit de Nantes, par lequel Henri IV, en 1598, reconnaissait la liberté de culte aux protestants. Le culte protestant est interdit, les temples détruits, de nombreux fidèles contraints à l’exil. Les conséquences seront désastreuses pour la France qui voit fuir non seulement les grandes fortunes protestantes, mais aussi toute une foule de communautés d’habitants.

 

 

Son arrêt par l’ordonnance de Monsieur de Grignan

 

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François Adhémar, Comte de Grignan, lieutenant général en Provence, chevalier des ordres du roi, marié à Françoise Marguerite de Sévigné fille de la célèbre Marie de Rabutin Chantal dite Madame de Sévigné. Le 29 novembre 1669, louis XIV nomme le comte de Grignan lieutenant général du Roi en Provence. Il fera son entrée à Aix le 19 mai et sera reçu au Parlement. Le couple résidera durant quatre années au château de Grignan. Il meurt le 30 décembre 1714. Il y avait alors à la cour de Louis XIV une légèreté dans les jugements que l'on portait aux protestants. Madame de Sévigné, qui ne prend guère au sérieux que son amour pour sa fille et Monsieur de Grignan, s'exprime avec grâce, mais un peu dur sur la position des réformés dauphinois, que la cruauté des édits allait troubler.

Le 16 mars 1689 : Extrait de la lettre de Madame de Sévigné adressée au comte de Bussy.« M. de Grignan a fait un voyage d'une fatigue épouvantable dans les montagnes du Dauphiné pour séparer et punir de misérables huguenots, qui sortent de leurs trous, et qui disparaissent comme des esprits, dès qu''ils voient qu'on les cherche, et qu'on veut les exterminer. Ces sortes d'ennemis volants ou invisibles donnent des peines infinies, et qui, au pied de la, lettre, ne sauraient finir; car ils disparaissent en un moment, et dès qu'on a le dos tourné, ils ressortent  de leurs tanières. »

Cette lettre de Madame de Sévigné écrite 4 jours après l’arrestation du Sieur Jacques Martin, nous montre bien le climat de cruauté qu'il a du subir. Le 12 mars 1689 il sera amené de Reauville au comté de Grignan par Bartélémy Sanantin et Jean-Baptiste Sausse, archers de la maréchaussée de Provence.

D’après le registre d’écrou n° 10975, « Jacques Martin, fils de Jacques et de Marie de FARE, mari de Jeanne GIFFON, natif du lieu de Réauville du comté de Grignan, drapier, âgé de 38 ans, de bonne taille, cheveux châtains, visage large, ci-devant de la R.P.R, condamné par l'ordonnance de Monsieur de Grignan, rendue à Aix le XIe mars 1689 pour contravention aux ordonnances de sa Majesté. ad. libitum.  Libéré par ordre du Roy du 16 octobre 1689. Reçu sa décharge en forme le 9 novembre audit an. »

 

Réauville : Traité de pariage, passé à Aix le 9 mai 1281, avec les comtes de Provence. En 1379, face aux fléaux apportés par la Guerre de Cent ans, Réauville est fortifié. Rattachement de la Provence au royaume de France en 1482. En 1492 la configuration du bailliage de Réauville: Les lieux principaux en sont l'abbaye d'Aiguebelle au centre, Montlucet, la forêt et la "verrerie vieille" au nord, Citelles, la "verrerie neuve" et Montjoyer à l'est, Saint-Nizier à l'ouest, "Réalville en Provence" et la "ferme du Fraysse" au sud. En 1574, Henri III vend sa part de la seigneurie de Réauville à Antoine de Rolland, l'autre partie, selon le traité de pariage de 1281, restant possession de l'abbaye d'Aiguebelle. Le comte de Grignan, Louis de Castellane-Adhémar, qui visait toujours cette seigneurie finit par l'obtenir en 1612, puis elle entra définitivement dans le comté de Grignan en 1723 , pour être revendue dès 1728.

 

Puis nous le retrouvons

 

 

Receveur-Collecteur pour Citelles hameau de Montjoyer,

Pour la Capitation de 1712 & 1719

 

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La Capitation

 

En 1695, Louis XIV crée un nouvel impôt  la capitation, pour faire face aux dépenses liées à la guerre de la ligue d’Augsbourg.

Tous les Français y sont soumis sauf le roi. La population est divisée en 22 classes selon sa richesse et sa fonction. Dans ses nuances différenciant la société nobiliaire et de robe, le système condensait le tiers-état, roturier en huit classes fondamentales : Avocats-notaires et procureurs, médecins-chirurgiens-apothicaires-barbiers et perruquiers, bourgeois, négociants-marchands et revendeurs, artisans et leurs compagnons-apprentis, exploitants fonciers, manœuvres et journaliers, enfin domestiques et gens de maison.

Nobles, seigneurs, robins des Cours souveraines faisant l’objet de rôles particuliers ne faisaient pas partie des communautés d’habitants.

La capitation sera supprimée à la fin de la guerre en 1697, est rétablie en 1701 pour faire face de nouveau aux dépenses de la guerre. Mais le système de répartition est identique à la taille. La noblesse arrive à faire diminuer sa participation. Les corps de métier et les cours de justice obtiennent de répartir l'imposition sur leurs membres. La capitation dure jusqu'en 1789.

 

 

Dans les délibérations des communautés d’habitants de Réauville nous trouvons la trace de Jacques Martin seulement à partir de 1706:

Le 01/01/1706 Jacques Martin était présent et signe avec les habitants de la dite assemblé de Réauville.

Le 20/12/1711 il est nommé Receveur-Collecteur de la Capitation de Réauville pour l’année 1712(extraits) « Le  20 décembre 1711 par devant nous Jean-François Piallat Châtelain de ce lieu de Réauville et ses dépendances l'Assemblé Générale a été tenu »

L'intendant, le huitième novembre dernier pour faire le dénombrement de tous les habitants pour l'imposition de la Capitation de l'année prochaine mil sept cents douze enquièrent l'assemblé de nommer »

Sur laquelle proposition ont tous  conclu et délibéré de nommer pour Réauville les personnes de Sr Jean Lauzier, Claude Vallete, Guillaume Lauzier de Réauville et pour Montjoyer ont nommé les personnes de Louis Savel, Jean Pellegrin et pour Citelles  la personne de Sr Jacques Martin pour travailler à la fonction  du dit rôle  de la Capitation et a signé les autres illiteres de n'enquis et requis»

 

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Puis quelques années après

Le 01/01/1719 il sera nommé pour la seconde fois  Receveur-Collecteur de la Capitation de Réauville de 1719. (extraits) « Le 1er janvier mil sept cents dix neuf par devant nous  Jean François Piallat  Châtelain  du présent lieu de Réauville et ses dépendances l''assemblé générale à été tenu »

«L'assemblé a  nommé à savoir ledit Sr ---- consul la personne de Jean-Jacques Masson, François Heraud second consul la personne de Jean Lauzier, François Piallat procureur de Montjoyer la personne de Pierre Flachaire, sieur Antoine Pinas procureur de Citelles la personne de Sr Jacques Martin pour travailler incessamment t à la répartition de la Capitation de la présente année pour être envoyer à monseigneur l'intendant qui ont signé  ceux qui l'ont su faire les autres illitere de l'enquis et requis »

Le 05/03/1719 Jacques Martin était présent et signe avec les habitants de la dite assemblé de Réauville.

Le Le 06/03/1719 (extrait) «Sr Jacques Martin, et plusieurs autres habitants auxquels les dits Srs, Châtelain et Consuls ont rapporté qu'ils ont vu il y a quelques jours l'Ordonnance du Roy pour la levée de vingt trois milles quatre cents hommes de milice dans les provinces du Royaume qui seront divisés en trente neuf Bataillons de six cents hommes chacun laquelle ordonnance est du quinzième jours dernier et une lettre du dit Sr Enfant par laquelle il est demandé à  la dite communauté de fournir un homme de milice suivant la répartition qui en a été faite par les procureurs de paix et du dit Sr l'Enfant en l'absence de Monseigneur l'Intendant en fait de quoi et pour obéir aux dits ordres ils ont fait l’assemblé et aujourd’hui vu leur jeunesse capable de servir leur Roy et de la taille et âge porté par la dite ordonnance pour  les faire tirer au sort. Et à l'instant ils se sont tous assemblés dans la dite maison commune avec tous ceux de la taille requise lesquels ils les ont fait tirer au sort les uns après les autres et il sait trouver que le dit sort a tombé sur François Pinas du dit Réauville». Puis

Le 19/03/1719 Jacques Martin était présent et signe avec les habitants de la dite assemblé de Réauville.

Les années suivantes nous ne trouvons plus sa trace dans les délibérations des habitants de Réauville jusqu’en 1731. Ceci correspond bien avec la date approximative de  son décès comprise au plus tard le 5 juin 1721 où il est indiqué dans l’acte de mariage de son fils Jean-Louis fils légitime du défunt Jacques et d’honnête Jeanne Giffon.

 

Montjoyer, c'est un village et 3 hameaux : Le Fraysse, Les Alliers et Citelles et aussi l'Abbaye d'Aiguebelle

Au XVIe siècle, les guerres de Religion sont dévastatrices pour l'abbaye et ses alentours avec de nombreux pillages. Cinq familles viennent repeupler Montjoyer. L'abbaye leur cède des baux et le bail de 1447 marque la renaissance de Montjoyer. Le bailli de Réauville est le représentant du roi. Montjoyer possède son église, son curé, son administration avec son propre consul. En 1574 Henri III procède à l'aliénation de ses domaines en Provence. La seigneurie de Réauville, avec le fief de Montjoyer, devient la propriété d'Antoine de Roland d'Aix qui la revend au Comte de Grignan, Louis de Castellane-Adhémar. En 1610 commence une sorte d'inventaire du village de Montjoyer appelé « le compoix terrier de 1651 » qui recense tous les biens des habitants. Il ne se passe pas grand-chose au XVIIe et XVIIIe siècle, hormis les troubles liés à la Révolution.

 

Sources: Sources Archives